Gommecourt et la vallée de l'Epte : une frontière naturelle et historique
À première vue, l’Epte n’a rien d’impressionnant. Une rivière modeste, parfois discrète, bordée de prairies humides et de peupliers. Et pourtant, pendant près d’un millénaire, ce mince ruban d’eau a compté parmi les frontières les plus importantes du royaume de France.
À Gommecourt, la vallée de l’Epte n’est pas seulement un élément du paysage : elle a structuré le territoire, influencé les activités humaines, et laissé une empreinte durable sur l’histoire locale. Frontière politique, axe économique, espace naturel contraignant mais fertile, elle raconte à elle seule une large part du passé du Vexin. Si le hameau de Clachaloze tourne son visage vers la Seine et ses promesses commerciales, le bourg de Gommecourt regarde vers l'Epte et ses défis. Cette modeste rivière de 113 kilomètres, qui serpente entre le Vexin français et la Normandie, a façonné dans le temps l'histoire, le paysage et l'économie du village.
Comprendre la vallée de l’Epte, c’est donc dépasser la simple géographie pour saisir comment un cours d’eau a façonné, siècle après siècle, l’identité d’un territoire et de ses habitants.

L'Epte, frontière millénaire
Le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911)
Le rôle historique majeur de l’Epte s’affirme au début du Xe siècle, lorsque le fleuve devient une frontière politique officielle. En 911, le traité de Saint-Clair-sur-Epte est conclu entre le roi des Francs Charles le Simple et le chef viking Rollon.
En effet, après sa défaite devant Chartres le 20 juillet, le chef viking Rollon accepte de négocier avec le roi carolingien Charles III le Simple. La rencontre a lieu à Saint-Clair-sur-Epte, petit village situé sur la rivière qui deviendra la nouvelle frontière.
Par ce traité, Charles III cède à Rollon "la région comprise entre l'Epte et la mer"1.
En échange, le chef viking accepte le baptême et s'engage à protéger le royaume contre d'autres raids scandinaves.
Ce traité met fin à plusieurs décennies d’incursions scandinaves en accordant à Rollon un territoire à l’ouest de l’Epte, en échange de sa fidélité au roi et de la défense du royaume contre de nouvelles attaques. L’Epte devient alors la ligne de séparation entre le domaine royal et ce qui deviendra progressivement le duché de Normandie.
Cette frontière n’est pas qu’une abstraction politique : elle structure durablement le territoire. L'Epte devient ainsi la limite entre deux mondes : à l'est, le royaume de France ; à l'ouest, la Normandie naissante, qui deviendra l'une des principautés les plus puissantes d'Europe médiévale.
Routes, échanges, fortifications, fiscalité et même organisation des villages s’organisent en fonction de cette limite. À Gommecourt et dans les communes voisines, la vallée de l’Epte marque ainsi une frontière vécue au quotidien, bien au-delà des seuls enjeux diplomatiques.

Trois siècles de luttes frontalières
Cette frontière ne sera pas une ligne de paix. Pendant près de trois cents ans, l'Epte marque le théâtre de luttes incessantes entre les rois de France et les ducs de Normandie, devenus rois d'Angleterre en 1066.
Des forteresses s'élèvent face à face sur les deux rives : Château-sur-Epte du côté normand, La Roche-Guyon côté français. La vallée devient "une clé de voûte de l'empire Plantagenêt"2. À Gommecourt même, au point culminant séparant les vallées de l'Epte et de la Seine, subsistent les vestiges d'une fortification de siège construite en 1118 : la tour de Bellevue, témoin des affrontements entre Henri Ier Beauclerc et Louis VI le Gros.
Cette période de conflits prend fin en 1204 lorsque Philippe Auguste franchit l'Epte et rattache la Normandie au domaine royal.
Aujourd'hui encore, l'Epte sépare l'Île-de-France de la Normandie, et Gommecourt se trouve à l'extrême limite du Vexin français, face au Vexin normand.

Un relief contrasté, un territoire difficile
Des pentes dissymétriques
La géographie de Gommecourt reflète cette position frontalière. La monographie de 1899 le décrit ainsi :
« Limité d'un côté par la Seine et de l'autre par l'Epte, ce territoire se compose essentiellement d'une chaîne de collines parallèles à ces deux cours d'eau »3
Mais les deux versants présentent des caractères bien différents. Côté Seine, les pentes sont abruptes, avec des falaises crayeuses spectaculaires. Côté Epte, la descente est plus douce mais aboutit à un territoire complexe, marqué par des zones marécageuses et des sols difficiles.
L'altitude varie de 3 mètres au niveau de l'Epte à 180 mètres sur le plateau, créant une différence de pente qui explique les usages distincts de chaque versant3.
Vue en coupe de la vallée de l'Epte montrant les différents types d'occupation du sol et la transition entre les deux Vexin (d'après Agence Folléa-Gautier)
Un sol siliceux et ingrat
La monographie de 1899 ne mâche pas ses mots sur la qualité des terres côté Epte :
« Complètement siliceux sur certains côtés de l'Epte où l'on ne peut guère cultiver comme céréales que l'orge, le seigle et l'avoine »3
Le blé, base de l'alimentation, n'y réussit pas. L'exposition au nord-ouest crée une "zone plus froide" peu favorable aux cultures exigeantes. Contrairement au versant Seine, orienté vers le sud-est et propice à la vigne jusqu'à la fin du XIXe siècle, le versant Epte impose aux habitants des stratégies d'adaptation permanentes.
Les marais de l'Epte : de la seigneurie au partage révolutionnaire
Un bien seigneurial convoité
Au bas de la pente vers l'Epte s'étendent des zones humides qui ont fait l'objet de nombreuses convoitises. En 1750, Jean de Saint-Quentin et Pierre Relbecq, commissaires du roi, se rendent à Gommecourt pour procéder "à la description et au mesurage des marais"3.
Ces marais, d'environ 60 hectares, font partie du domaine des seigneurs de La Roche-Guyon. Les habitants de Gommecourt y ont des droits d'usage : ils sont "astreints aux corvées dues pour aider à faucher l'herbe de foin de la commune"3.
Un pré situé "sur la berge rive de l'Epte" est même partagé avec les habitants de Freneuse3, témoignant des droits d'usage complexes du domaine seigneurial qui s'étendait sur plusieurs communes de part et d'autre de l'Epte et de la Seine.
1789 : le partage entre les familles
La Révolution française bouleverse profondément le statut de ces terres humides. Le site officiel de la mairie de Gommecourt rapporte :
« Propriété du Duc de la Rochefoucauld jusqu'à la révolution française, le marais fut ensuite acquis par la commune de Gommecourt et partagé entre les familles du village »4
Ce partage s'inscrit dans le cadre des lois révolutionnaires de 1792-1793 sur les biens communaux. La loi du 10 juin 1793 permettait aux assemblées d'habitants de décider du partage des marais communaux "par tête d'habitant domicilié, de tout âge et de tout sexe"5.
Pour les familles de Gommecourt, ce partage représente un gain considérable : l'accès à une ressource productive qui était auparavant réservée au seigneur et grevée de corvées.
Le chanvre : une culture textile oubliée
Parmi les cultures traditionnelles des marais de l'Epte, une plante aujourd'hui disparue de la mémoire collective occupait une place importante : le chanvre.
Selon le témoignage d'habitant recueillis lors d'une sortie scolaire, cette plante textile était cultivée localement.
Le rouissage dans les eaux de l'Epte
La culture du chanvre nécessitait un processus spécifique appelé rouissage : après la récolte en été, les tiges étaient liées en bottes et immergées dans l'eau pendant plusieurs jours. Cette macération permettait de séparer les fibres textiles de la tige ligneuse (la chènevotte).
Les eaux calmes et peu profondes des marais de l'Epte offraient des conditions idéales pour cette opération. Les bottes de chanvre étaient maintenues sous l'eau à l'aide de pierres et de morceaux de bois, puis retirées lorsque l'écorce se détachait facilement. Après séchage au soleil, le chanvre était teillé (battu pour séparer les fibres), peigné, puis filé par les femmes au coin du feu durant les longues soirées d'hiver. Les tisserands locaux confectionnaient ensuite les toiles et les cordages.
L'utilisation du chanvre
Le chanvre avaient de multiples usages. Les familles de Gommecourt fabriquaient avec le chanvre leurs propres vêtements en toile résistante, et probablemet aussi des cordages indispensables aux travaux agricoles et aux activités des moulins5.
Le chanvre étaient également utilisé dans la construction des maisons :
-
Le torchis (mélange de terre, paille et fibres) :
- Les fibres de chanvre étaient mélangées à l'argile
- Servaient à renforcer les murs en colombages
- Excellentes propriétés isolantes et respirantes
-
Autres usages dans le bâtiment :
- Calfeutrage des joints
- Isolation des combles
- Enduits de finition
Une culture vivrière disparue
Cette activité textile artisanale a progressivement disparu au cours du XIXe siècle. Le chanvre, culture annuelle herbacée, pouvait cohabiter avec les peupleraies qui s'implantaient sur d'autres parcelles du marais. Sa disparition s'explique par plusieurs facteurs économiques : la concurrence du coton importé devenu moins cher avec l'arrivée du chemin de fer, l'émergence des fibres synthétiques, et surtout le déclin général de la production textile artisanale au profit de l'industrie.
Le chanvre de Gommecourt rejoint ainsi la longue liste des cultures vivrières traditionnelles effacées par les mutations économiques du XIXe siècle, tandis que les peupleraies s'imposaient comme la principale valorisation des marais.
La valorisation par le peuplier : une forêt marécageuse productive
Une innovation du XIXe siècle
Face aux difficultés agricoles du terroir, les habitants développent une stratégie originale : transformer les marais en peupleraies productives.
La monographie de 1899 décrit cette évolution :
« Dans la partie dite de marée, il a été planté depuis 50 à 60 ans des peupliers sur toute sa superficie ; leur améliore le terrain et la prouve sa production »3

Les peupliers sont plantés vers 1830-1860, soit une génération après le partage révolutionnaire. En une vingtaine d'années, ils arrivent à maturité et deviennent "une source de bien-être pour leurs propriétaires"3.
Un cycle forestier bien établi
L'instituteur décrit le système mis en place :
« On voit une petite forêt marécageuse dans laquelle poussent en moins de vingt ans des peupliers [...] dont plusieurs centaines sont abattus régulièrement. Ces peupliers abattus sont remplacés par des pins qui promettent à leur tour ample revenu »3
Le peuplier trouve dans ces sols marécageux des conditions idéales. Il est utilisé pour les merrains (planches de tonneaux) et les emballages, créant un revenu régulier et prévisible.
Cette transformation du marais en ressource productive témoigne d'une résilience rurale remarquable : face à un sol ingrat pour les céréales, les habitants inventent une économie sylvicole adaptée.
Une activité qui perdure aujourd'hui
Cette tradition s'est maintenue jusqu'à nos jours. Un habitant du village a récemment encore vendu ses arbres pour la coupe, confirmant que les peupleraies de Gommecourt restent une activité économique vivante plus de 150 ans après leur plantation initiale.
La force de l'eau : moulins et industries hydrauliques
La minoterie moderne
Si le sol est ingrat, l'Epte offre une compensation : sa force hydraulique. Sur le "bras principal de l'Epte", une importante minoterie s'est développée, utilisant la puissance du courant grâce à "une œuvre hydraulique puissant autant que fort et de bonne hauteur"3.
En 1892, le propriétaire, M. Malpaux, modernise radicalement l'installation :
« À l'ancien système de meules il a substitué, en 1892, des cylindres, qui lui permettent de produire une farine d'excellente qualité, pouvant rivaliser avec les meilleures marques »3

Cette modernisation transforme le vieux moulin à meules en une minoterie industrielle capable de produire "cinquante quintaux de farine" par jour, soit environ 5 tonnes.
De la laminerie de zinc à la fabrique d'engrais
En 1876, une laminerie de zinc s'établit sur un bras dérivé de l'Epte, utilisant elle aussi la force hydraulique. Mais face à la crise de l'industrie du zinc, l'usine se reconvertit en 1884 :
« Le Directeur de la laminerie, M. Lacourie, pour occuper son personnel et ne pas laisser tomber son usine, se résolut à la fabrication des superphosphates et d'acides »3
L'usine devient un acteur agricole majeur, produisant 30 000 quintaux d'engrais par an et employant "30 à 35 ouvriers" de manière constante. Elle vend également nitrates de soude, sulfate d'ammoniaque, engrais de poisson et tourteaux, s'intégrant ainsi pleinement dans l'économie agricole régionale.

Un réseau dense de moulins
Gommecourt n'est qu'un exemple parmi d'autres. Les Archives départementales du Val-d'Oise conservent 128 dossiers techniques relatifs aux moulins et usines hydrauliques de l'Epte et de ses affluents, couvrant la période 1803-19496.
Ce "nombre important de moulins dans le bassin de l'Epte"6 témoigne d'une vallée densément équipée, où chaque village a su tirer parti de cette ressource.

L'Epte des impressionnistes : quand les peupliers deviennent chefs-d'œuvre
Monet s'installe à Giverny (1883)
En 1883, Claude Monet découvre par la fenêtre d'un train la vallée de l'Epte et le village de Giverny. Séduit par la lumière et les paysages, il s'y installe avec sa famille dans une maison qu'il finira par acheter en 1890. Cette installation marque un tournant majeur dans l'histoire de l'art : Giverny devient le laboratoire de l'impressionnisme tardif et du début de l'art moderne.
L'Epte et ses affluents deviennent alors des motifs récurrents sous le pinceau du maître. Monet ne peint pas seulement la rivière : il la transforme. En détournant un bras de l'Epte (le Ru) pour créer son célèbre jardin d'eau, il façonne lui-même le paysage qu'il peindra pendant près de trente ans.
La série des Peupliers (1891)
L'été 1891, Monet entreprend l'une de ses séries les plus célèbres : les Peupliers. Son motif ? Une rangée de peupliers majestueux bordant l'Epte sur la commune de Limetz-Villez, à deux kilomètres de chez lui, au bord du marais communal7.
Ces arbres sont les mêmes que ceux plantés depuis des décennies par les habitants de Gommecourt et des villages voisins pour valoriser les zones humides. Pour Monet, ils deviennent un sujet d'étude obsessionnel des variations de lumière.

Mais un problème survient : en plein travail, Monet apprend que la commune de Limetz a mis les peupliers en vente pour être abattus ! Plutôt que d'abandonner sa série, le peintre s'associe avec un marchand de bois et achète les arbres aux enchères pour près de 6 000 francs, à condition de pouvoir continuer à les peindre quelques mois8.
Un bateau pour atelier
Pour peindre ces peupliers, Monet utilise une méthode originale : il emprunte sa "norvégienne", un bateau traditionnel de rivière amarré dans son hangar de l'île aux Orties. Il remonte l'Epte à la rame jusqu'au marais de Limetz, installant son chevalet directement sur l'eau.

Cette technique lui permet de saisir les reflets, les jeux de lumière sur l'eau, et de varier les points de vue. De l'été à l'automne 1891, il peint pas moins de 23 toiles de ces peupliers, capturant différentes heures du jour, différentes conditions météorologiques, différents angles.
La série des Peupliers représente l'apogée de la recherche de Monet sur les "séries" : non plus peindre un paysage, mais peindre comment la lumière transforme ce paysage à chaque instant.
Une vallée qui inspire toute une génération
Monet n'est pas seul à peindre l'Epte. Sa présence à Giverny attire de nombreux artistes américains et européens qui forment ce qu'on appellera la "colonie de Giverny". Parmi eux, des peintres comme :
- John Leslie Breck qui peint lui aussi les peupliers de l'Epte
- Theodore Robinson qui devient l'ami proche de Monet
- César de Cock qui immortalise la rivière à Gasny
- Willard Metcalf, Theodore Wendel, et des dizaines d'autres
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La vallée de l'Epte devient ainsi un haut lieu de l'impressionnisme international. Ces artistes ne peignent pas seulement des paysages pittoresques : ils documentent, sans le savoir, le paysage rural du Vexin à la fin du XIXe siècle, avec ses moulins, ses peupleraies, ses prairies humides.

L'héritage : le jardin d'eau et les Nymphéas
Le détournement du Ru (bras de l'Epte) pour créer le bassin aux nymphéas reste l'acte le plus emblématique de Monet à Giverny. Après des années de démarches administratives et de résistance des habitants (qui craignaient que les plantes exotiques n'empoisonnent l'eau), il obtient l'autorisation en 1893.

Ce bassin alimenté par l'Epte devient le sujet des dernières grandes séries de Monet : les Nymphéas, peintes de 1897 jusqu'à sa mort en 1926. Ces œuvres abstraites, qui annoncent l'art du XXe siècle, prennent leur source dans l'eau de cette modeste rivière du Vexin.
Un patrimoine artistique mondial
Aujourd'hui, les tableaux de Monet représentant l'Epte sont dispersés dans les plus grands musées du monde :
- Musée d'Orsay à Paris (Effet de vent, série des Peupliers)
- Metropolitan Museum of Art à New York (Les Quatre Arbres)
- National Gallery of Scotland à Édimbourg (Peupliers sur l'Epte)
- Philadelphia Museum of Art (Peupliers, effet blanc et jaune)
Ces toiles, qui valent aujourd'hui des dizaines de millions d'euros, immortalisent le paysage de la vallée de l'Epte tel qu'il était à la fin du XIXe siècle : ses peupliers élancés, ses prairies humides, ses reflets sur l'eau calme.
Ainsi, les mêmes arbres que les habitants de Gommecourt plantaient pour le profit, Monet les a transformés en icônes de l'art mondial. La vallée de l'Epte est devenue, grâce à son pinceau, bien plus qu'une frontière historique ou un terroir agricole : un paysage immortel de l'impressionnisme.
Un patrimoine naturel remarquable : le site Natura 2000
Une reconnaissance européenne
Aujourd'hui, la vallée de l'Epte à Gommecourt bénéficie d'une protection environnementale de haut niveau. Le marais est inclus dans le site Natura 2000 "Vallée de l'Epte francilienne et ses affluents", qui s'étend sur 3 715 hectares9.
Cette désignation, approuvée en 2006 puis étendue en 2018, reconnaît "une diversité et une richesse remarquables des milieux naturels"9. La configuration particulière de la vallée, avec ses coteaux calcaires et son fond humide, a permis le développement d'écosystèmes rares.
Une biodiversité exceptionnelle
Plusieurs espèces protégées sont présentes à Gommecourt4 :
Flore :
- Zannichellie des marais
- Balsamine des bois
- Orchis négligé

Faune :
- Agrion de Mercure (libellule très menacée)
- Chabot (Petit poisson de fond, indicateur de bonne qualité de l'eau)
- Lamproie (Grand poisson primitif sans mâchoires)

Environ 200 espèces végétales ont été recensées sur le site4, témoignant d'une richesse écologique remarquable pour une zone de cette taille.
Un rôle hydraulique essentiel
Au-delà de la biodiversité, le marais joue un rôle crucial dans la régulation hydraulique. "Situé dans le champ d'expansion des crues de l'Epte, le marais peut jouer un rôle majeur dans l'écrêtage des crues"4.
La présence d'une végétation dense (roselières et mégaphorbiaies) contribue également à "l'épuration des eaux de surface"4, filtrant naturellement les pollutions avant qu'elles n'atteignent la rivière.
L'Epte aujourd'hui : entre préservation et usages
Une gestion partagée
La gestion du site Natura 2000 est assurée par le Parc naturel régional du Vexin français, en coordination avec le site normand voisin qui protège l'autre rive de l'Epte. Cette double protection garantit une approche cohérente de la vallée9.
Un comité de pilotage rassemble agriculteurs, forestiers, services de l'État et collectivités pour définir les mesures de gestion adaptées, conciliant préservation écologique et activités humaines.
Des menaces persistantes
Malgré cette protection, la vallée reste fragile. Les documents Natura 2000 identifient plusieurs menaces7 :
- Culture intensive et assèchements locaux dégradant les abords de l'Epte
- Pollutions d'origine agricole et urbaine affectant la qualité de l'eau
- Espèces invasives (comme l'Ailante glanduleux sur les coteaux)
- Enfrichement des coteaux abandonnés, menacés par la colonisation ligneuse
Les objectifs de gestion visent à maintenir la qualité des cours d'eau, préserver les prairies humides par pâturage extensif, et conserver le caractère ouvert des coteaux par débroussaillage.
Une agriculture encore diversifiée
Contrairement à d'autres vallées franciliennes, l'Epte a su conserver "une agriculture encore largement diversifiée"8. Cette diversité, héritée des contraintes du sol et du relief, constitue aujourd'hui un atout pour la biodiversité.
Les peupleraies, bien que moins favorables à la biodiversité que les prairies naturelles, font l'objet d'une "gestion adaptée" visant à limiter leur extension tout en reconnaissant leur importance économique pour les propriétaires7.
Conclusion : l'Epte, une identité en creux
Face à la Seine triomphante et commerciale, l'Epte apparaît comme une rivière modeste, presque effacée. Pourtant, elle a profondément marqué l'identité de Gommecourt.
Frontière politique pendant des siècles, elle a fait du village un lieu de passage et de tensions entre deux mondes. Rivière aux sols ingrats, elle a forcé les habitants à inventer des stratégies d'adaptation : peupleraies des marais, exploitation de la force hydraulique, cultures résistantes.
Cours d'eau tranquille, elle a permis le développement d'une biodiversité remarquable qui fait aujourd'hui l'objet d'une protection européenne.
L'histoire de Gommecourt ne peut se comprendre sans ces deux versants : le versant Seine, ouvert sur le commerce et la fertilité ; le versant Epte, marqué par la contrainte et l'ingéniosité.
Si Clachaloze regarde vers le fleuve et ses promesses, Gommecourt s'est construit en composant avec une rivière plus difficile, mais qui a su façonner un paysage et une communauté résilients.
Sources
Archives et documents historiques
- Monographie communale de Gommecourt, 1899, Archives départementales des Yvelines
- Archives départementales du Val-d'Oise, fonds 7 S 2 179-198, "Epte et ses affluents, contrôle technique des Ponts et Chaussées (an XI-1949)"
Bibliographie
- DUDON DE SAINT-QUENTIN, Mœurs et actes des premiers ducs de Normandie, vers l'An Mil
- BAUDUIN Pierre, La première Normandie (Xe-XIe siècles), Presses universitaires de Caen, 2004
- Traité de Saint-Clair-sur-Epte, Encyclopédie Universalis
- Normannia - L'Epte des Vikings aux Plantagenêts, bande dessinée historique, Saint-Clair-sur-Epte
Sources institutionnelles
- Site officiel de la mairie de Gommecourt-Clachaloze, gommecourt.fr
- Sites Natura 2000 du Vexin, "Le site Natura 2000 Vallée de l'Epte francilienne et ses affluents", sitesnatura2000duvexin.n2000.fr
- DRIEAT Île-de-France, "Vallée de l'Epte francilienne et ses affluents - ZSC"
- Préfecture de l'Eure, "Vallée de l'Epte - Informations complémentaires Natura 2000"
- Parc naturel régional du Vexin français, "Natura 2000 - Les sites prioritaires"
Documentation scientifique et technique
- Arrêté du 9 mai 2022 modifiant l'arrêté du 17 avril 2014 portant désignation du site Natura 2000 Vallée de l'Epte francilienne et ses affluents
- Document d'Objectifs (DOCOB) du site Natura 2000 "Vallée de l'Epte francilienne", approuvé en 2024
- Atlas des paysages de Haute-Normandie, "La vallée de l'Epte"
Législation historique
- Loi du 10 juin 1793 sur le partage des biens communaux, Centre d'Activités et de Promotion Rurales
-
D'après le chanoine Dudon de Saint-Quentin, Mœurs et actes des premiers ducs de Normandie, écrit vers l'An Mil. ↩
-
Site de la bande dessinée historique Normannia - L'Epte des Vikings aux Plantagenêts. ↩
-
Monographie communale de Gommecourt, 1899, Archives départementales des Yvelines. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩
-
Site de la mairie de Gommecourt-Clachaloze, "Le marais de Gommecourt". ↩ ↩ ↩ ↩ ↩
-
Loi du 10 juin 1793 sur le partage des biens communaux, Centre d'Activités et de Promotion Rurales. ↩ ↩
-
Archives départementales du Val-d'Oise, fonds 7 S 2 179-198, "Epte et ses affluents, contrôle technique des Ponts et Chaussées". ↩ ↩
-
Préfecture de l'Eure, "Vallée de l'Epte - Informations complémentaires Natura 2000". ↩ ↩ ↩
-
DRIEAT Île-de-France, "Site Natura 2000 - FR 1102014 Vallée de l'Epte francilienne et ses affluents". ↩ ↩
-
Site officiel des sites Natura 2000 du Vexin, "Le site Natura 2000 Vallée de l'Epte francilienne et ses affluents". ↩ ↩ ↩